Les tribulations d'un Marrakchi à Marrakech

Dar Cherifa

Cherifa_1 Dans la Médina de Marrakech, il existe des portes qu’il suffit de pousser pour s’évader du maelstrom de la foule et s’immerger dans un monde de silence et de sérénité. Qui n’a pas connu l’émotion que procure la découverte de ce genre d’endroits après une épuisante promenade dans la chaleur et le vacarme des souks n’a pas goûté à la magie de Marrakech.

Parmi ces lieux, l’un des plus envoûtants (et des plus secrets) est le café littéraire Dar Cherifa, dans le quartier du Mouassine.

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Dar Cherifa est nichée dans une ruelle étroite du Derb Chorfa. Une de ces ruelles couvertes et sombres, au sol en terre battue, où voisinent palais somptueux et taudis misérables. Ce n’est pas un café comme les autres : la porte n’est pas grande ouverte. Il faut sonner et attendre qu’on vienne vous ouvrir (il faut parfois attendre longtemps). Une fois la petite porte banale franchie, on découvre un lieu incomparable, une vieille demeure du XV° siècle aux stucs et boiseries d’époque où sont exposées des œuvres contemporaines. Le contraste entre l’ancienneté des murs et la modernité des expositions est saisissant.

                  

Dar Cherifa est un véritable petit centre culturel où sont organisées des expositions, des concerts, des lectures de poésie, des conférences, etc…

                  

Mais la meilleure façon de profiter du lieu est de tout simplement s’affaler sur une banquette, un théière de thé vert à la menthe devant soi, et de feuilleter un des livres d’art de la bibliothèque.

09/04/2006 dans Trésors de Marrakech | Lien permanent | Commentaires (10) | TrackBack (0)

Pourquoi les remparts de Marrakech s’effondrent-ils ?

Rempats_1

Les dernières grandes pluies ont fait des dégâts à Marrakech : la tourelle d’une des portes de Marrakech s’est effondrée.  Les autorités ont aussitôt entamé sa reconstruction selon la méthode séculaire qui consiste à tasser de la terre entre deux planches de bois.

                  

L’effondrement d’une tourelle de ces remparts vieux de presque milles ans n’a pas ému outre mesure les marrakchis : ils ont l’habitude. Régulièrement, un pan des murailles qui donnent son identité à leur ville s’écroule…. et est immédiatement reconstruit. La chaleur torride de l’été marrakchi et les tempêtes de sable venues du désert vieillissent vite les portions restaurées et il est impossible de distinguer les parties récentes des murailles des plus anciennes.

                   

Pourquoi les remparts s’effondrent-ils aussi souvent ?

             

Parce que les constructions en terre sont fragiles et par définition éphémères ? C’est une explication plausible mais qui ne peut satisfaire que les esprits sans imagination (ce que les habitants de Marrakech ne sont pas !)

                  

La vraie raison est beaucoup plus poétique. Quand le Sultan Ali Ben Youssef  voulut construire les remparts au début du XII° siècle, il demanda (c’était la coutume à l’époque) à son astrologue de lui indiquer la bonne date pour commencer les travaux.

               

Celui-ci demanda au Sultan de tendre une corde le long du tracé des futurs remparts et de répartir les maçons tout autour. Quand la conjonction des étoiles sera favorable, il fera vibrer la corde et les maçons pourront commencer immédiatement les travaux.

                

Mais voilà qu’un jour, un groupe de corbeaux vint se poser sur la corde qui vibra, et les maçons commencèrent à construire les remparts pensant que c’était l’astrologue qui leur envoyait le signal convenu.

       

C’est donc parce qu’ils n’ont pas été édifiés sous une conjonction des étoiles favorable, que les remparts de Marrakech s’effondrent aussi souvent.

                  

Autre anecdote (avérée celle-là, ou presque). Quelques jours avant la visite d’Etat « historique » que devait faire la Reine ElizabethII d’Angleterre à Marrakech en 1980, un pan des remparts s’effondra. Stupeur et consternation ! Quelques dix mètres de murailles qui s’effondrent sur la place Bab Jdid, celle où se trouve la Mamounia et que le cortège officiel doit impérativement traverser, quelle déveine !

                      

Mais les édiles de la ville ne se laissèrent pas démonter. Des centaines d’artisans furent envoyés sur place qui travaillèrent jour et nuit. Le jour J, le pan de muraille a été reconstruit et sa très gracieuse majesté ne s’est rendue compte de rien. Les artisans avaient même eu le temps de vieillir artificiellement leur œuvre. Un travail d’orfèvre, réalisé en quelques jours…S’il existait un record du monde de la construction en terre, il a certainement été battu ce jour-là.

05/04/2006 dans Trésors de Marrakech | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)

Séquence frime

Amen2_1

Quel est le meilleur hôtel de Marrakech ? « La Mamounia » serez-vous certainement tenté de répondre.

Ce n’est plus si évident. Le vieux palace est sérieusement concurrencé par des endroits comme La Maison Arabe, la Villa des Orangers, et surtout le très discret mais incroyable Amen Jenna.

L’Amen Jenna est un palace mais il n’a pas d’étoiles. Le décompte des étoiles est bien trop étriqué pour ce genre d’établissements.

L’architecture du lieu est d’une extrême simplicité (pas de stucs ni d’arabesques) mais il séduit par ses volumes époustouflants, ses perspectives extraordinaires, ses jardins zen japonais, ses  bassins qui se colorent de la même nuance de vert que les tuiles qui couvrent les toits.

Les chambres (en fait, ce ne sont pas chambres mais de petits pavillons) se louent à partir de 1000 dollars la nuit. Beaucoup plus pour les villas avec piscine privée (comme celle que louent régulièrement Beckham et sa « meuf »).

L’impression de calme et de sérénité qui se dégage de l’endroit est fabuleuse. L’hôtel est presque toujours complet mais les clients sont invisibles (ils ont précisément choisi cet hôtel pour ne pas se faire remarquer) Seul un personnel pléthorique et très (vraiment très) attentionné sillonne les longues allées qui serpentent le long des bassins.

Si séjourner dans cet hôtel est hors de portée de la majorité d’entre nous, il est tout à fait possible de faire une folie et de réserver pour un dîner ou  un déjeuner (c’est cher, mais moins  que les restaurants du Pacha). Le personnel accepte généralement de bonne grâce de vous faire un tour du propriétaire (demandez à voir la bibliothèque, un endroit où j’installerais bien mon sac de couchage).

L’Amen Jenna est un endroit qui donne envie d’être riche.
Vous ne voulez pas m’acheter un peu de café ?

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13/12/2005 dans Trésors de Marrakech | Lien permanent | Commentaires (15) | TrackBack (0)

Elles sont revenues

Elles sont invisibles en été et discrètes en Automne. Les premières neiges de l’hiver les dévoilent. Elles reviennent alors trôner au dessus de Marrakech, dominer la ville et la soumettre.

Les cimes enneigées des Montagnes de l’Atlas sont le plus beau monument de Marrakech et son trésor le plus précieux. Un monument offert par la nature, qui dépasse en beauté tous les palais légués par les sultans.

Marrakech a beaucoup changé depuis quelques années. Des maisons modestes ont été remplacées par des immeubles arrogants, des avenues nouvelles sont apparues dans le désert, beaucoup de choses ont embelli et d’autres ont enlaidi…mais l’Atlas ne change pas, splendide et immuable.

J’aime l’hiver, parce que les montagnes reviennent…

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02/12/2005 dans Trésors de Marrakech | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)

Aid Moubarak

Islam534_1On a tous tiré la langue sur la fin mais on ne peut dire adieu au Ramadan sans un pincement au cœur. La fin du mois sacré, c’est le retour à la routine et au train-train du quotidien.

Toutefois, nous ne manquerons pas de motifs de consolation : 2M et RTM cesseront de diffuser leurs sit-com débiles, les agences de pub remballeront leurs spots tournés avec deux bouts de ficelle et une caméra super-8 jusqu’au prochain ramadan, et je pourrais reprendre ma consommation « normale » de café (Une seringue, vite ! Je me remets en intraveineuse sur ma machine à espresso..).

05/11/2005 dans Trésors de Marrakech | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)

Une petite merveille

Imgp0514C’est un monument que je ne me lasse jamais de visiter. Mes pas m’y conduisent presque malgré mois à chaque fois que je m’aventure dans les dédales de la Médina.

La Médersa Ben Youssef, construite par les Saadiens en 1570, est un des plus beaux monuments de Marrakech et la plus grande école coranique du Maghreb.

En fait, le terme d’école coranique est doublement trompeur. Premièrement, ce n’était pas une école à proprement parler mais une sorte de « campus universitaire », une résidence pour les étudiants qui suivaient les cours donnés dans la mosquée Ben Youssef, mitoyenne de l’édifice.

Deuxièmement, les cours donnés dans la mosquée ne se limitaient pas au coran et à la théologie, mais abordaient aussi la grammaire arabe, les mathématiques, l’astronomie, etc…La médersa a d’ailleurs compté de nombreux étudiants chrétiens et juifs parmi ses pensionnaires.

La médersa s’organise autour d’un patio pourvu d’un joli bassin pour les ablutions. Le fonds du patio est occupé par une petite mais élégante mosquée. Les chambres des étudiants (150 au total) sont réparties sur deux niveaux autour d'un réseau complexe de petits patios qui laissent entrer lumière (et l'air frais!).

La médersa représente la quintessence de l’art de la dynastie des Saadiens (qui étaient les dépositaires du raffinement de l’Andalousie musulmane). On reste bouche bée devant la beauté du travail du stuc, du bois de cèdre et des zelliges. Ses volumes font de la médersa un monument imposant mais le sens des proportions et la finesse des ornements donnent une grande légèreté à l’ensemble. Dès la porte d’entrée franchie, on oublie le brouhaha de la Médina pour pénétrer dans un univers de silence et de sérénité. On a envie de passer des heures assis à l’ombre des arcades, à écouter le murmure de l’eau dans le bassin, le regard perdu dans les arabesques qui recouvrent les murs.

L’endroit est certes luxueux mais la vie des étudiants n’était pas facile. Le confort spartiate des chambres tranche avec l’opulence des parties communes. Les étudiants s’entassaient à plus de 900 dans les 150 cellules. Mais ils était logés gratuitement et recevaient un pain par jour (et une djellaba chaque année).

Si vous ne connaissez pas encore la médersa, courrez-y à votre prochain passage à Marrakech, vous ne le regretterez pas. D’autant plus qu’elle a été récemment rénovée et que le rajeunissement a été très réussi.

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09/09/2005 dans Trésors de Marrakech | Lien permanent | Commentaires (5) | TrackBack (0)

Fontaine Mouassine

Mouassine2_2Continuons notre exploration des lieux historiques méconnus de Marrakech. Pour nous rafraîchir en cette caniculaire journée de juillet, arrêtons-nous devant l’une des plus belles fontaines publiques de Marrakech : la fontaine Mouassine.

Des milliers de touristes passent devant chaque jour (elle est sur un des axes les plus fréquentés de la Médina) mais peu s’arrêtent pour l’admirer.

La fontaine Mouassine fait partie d’un complexe du même nom qui comprend, en plus de celle-ci, une mosquée, un hammam, une bibliothèque et une école coranique. L’ensemble a été construit par le Sultan Saadien Abdallah Al Ghalib entre 1562 et 1563.

La Fontaine elle-même est un vrai petit complexe de désaltération : en plus de la fontaine proprement dite réservée aux humains (et coiffée d’un magnifique auvent en bois de cèdre sculpté et peint), les trois alcôves blanches (simples mais élégantes) abritent des abreuvoirs pour les animaux.

J’aime beaucoup les arches des abreuvoirs : les arches doubles (les plus petites insérées dans les grandes) ont quelque chose de très moderne. C’est d’ailleurs un motif qu’on retrouve souvent dans l’architecture contemporaine au Maroc.

Mouassine

01/07/2005 dans Trésors de Marrakech | Lien permanent | Commentaires (8) | TrackBack (0)

Un petit Bijou méconnu

J’inaugure aujourd’hui une petite de série de notes sur les lieux historiques de Marrakech. Honneur aux aînés : commençons par le plus vieux monument de la ville :la Qoubba Almoravide, un joyau souvent snobé par touristes.

La Qoubba (cela veut dire « coupole » en arabe) est le seul vestige, avec les somptueux remparts de la ville, de la Dynastie Almoravide qui a fondé Marrakech en 1064. Avec les Almoravides, la ville allait devenir la capitale prospère d’un immense empire qui comprenait le Maroc et l’Algérie actuels, l’Andalousie et s’étendait au Sud jusqu’au fleuve Sénégal. Les Almoravides ont été renversés au 12eme siècle par les Almohades. Ces derniers gardèrent Marrakech comme capitale, édifièrent un empire plus grand encore mais détruisirent tous les vestiges de leurs prédécesseurs.

La Qouba a survécu pour témoigner de l’art à la fois austère et raffiné des Almoravides. La Qoubba se trouvait au centre d’une grande mosquée (aujourd’hui disparue) et recouvrait un bassin d’ablution.

Le contraste entre la rigueur des formes extérieures et la finesse des décorations intérieures est frappant. A l’intérieur de la coupole, huit arches décorées de motifs floraux se croisent dans un entrelacement complexe et saisissant. La magnifique décoration de ces arches annonce les merveilles de l’art arabo-andalou qui  fleuriront plus tard à Cordoue et Grenade, et survivront dans les villes impériales du Maroc.

Mais assez de blabla, place aux photos !

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23/06/2005 dans Trésors de Marrakech | Lien permanent | Commentaires (15) | TrackBack (0)

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