C’est le grand sujet des dîners en ville à Marrakech :
la flambée des pris de l’immobilier, les terrains dont le prix double ou triple
tous les six mois, les taudis dans la Médina vendus à pris d’or à des anglais trop
crédules, etc…
Plus effrayant que le cyclone Katrina, le « Mètre
carré » est devenu l’obsession des marrakchis, le graal convoité de leurs
jours et le cauchemar de leurs nuits.
On ne parle plus que de ces familles fabuleusement enrichies
du jour au lendemain par la grâce du « Mètre Carré », ou de ces
industriels qui ont vendus usines et machines pour se lancer dans une quête
mystique du « Mètre Carré »…
Le « Mètre Carré » est sur toutes les lèvres. On
raconte que les nouveaux nés apprennent à dire « Mètre Carré »
avant « Maman ».
Indifférent au culte qu’il suscite, le « Mètre
Carré » continue son irrésistible ascension. Qui l’arrêtera ? Les
Tortues Ninja ? Batman ? Bruce Willis ?
Cependant, les montagnes ne montent pas jusqu’au ciel et
j’invite les spéculateurs à méditer l’exemple de ce qui s’est passé en Floride
en 1926. C’est détaillé et en anglais ici mais voici une traduction des
passages principaux :
« En 1920, la Floride est devenue est devenue une
destination très populaire aux Etats-Unis parmi les gens qui n’aimaient pas le
froid. La population augmentait rapidement et la demande de logements dépassa
l’offre. Les prix ont doublé et parfois même triplé. Jusque là, il s’agissait
d’une évolution naturelle. Mais, les nouvelles que les prix de quelque chose
doublent ou triplent attirent toujours les
spéculateurs. L’injection d’énormes sommes d’argent dans l’immobilier a
rapidement provoqué le décrochage des prix. Tout le monde était devenu en
Floride soit un investisseur dans l’immobilier, soit un agent immobilier.
Hélas, les lois du marché sont toujours les mêmes, pour la bourse comme pour
l’immobilier. Quand vous achetez très cher quelque chose, il faut la revendre
encore plus cher pour faire des bénéfices. Cela a marché pendant un
temps : en une année, les prix ont quadruplé une nouvelle fois.
Finalement, il n’y avait plus de gens « encore plus stupides » pour
acheter des biens horriblement surévalués. Les prix ont commencé à baisser,
tout doucement au début. Mais quand les spéculateurs se sont rendus compte
qu’il y avait une limite au boom, ils commencèrent à liquider leurs biens pour réaliser
leurs profits pendant qu’il était encore temps.
Puis tout le monde a paniqué et a voulu vendre. Avec des
milliers de vendeurs et très peu d’acheteurs, les prix se sont effondrés à une
vitesse effrayante. Ils se sont stabilisés un moment puis ont repris leur
dégringolade ».
La leçon du fameux boom de Floride est la suivante :dans
une situation « normale » de marché, les prix montent et se
stabilisent à un niveau où l’offre équilibre la demande. Mais quand
les spéculateurs s’en mêlent, ce pallier disparaît et les prix augmentent
jusqu’au moment où la bulle se dégonfle brutalement.
Si vous remplacez dans le premier paragraphe de la
traduction « Floride » par « Marrakech », cela
correspond parfaitement. Effrayant, non ?
Ceci dit, un petit crack (tout petit, et temporaire)
arrangerait bien mes affaires. Je cherche à me loger.