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  • penelope


C'est grave, docteur?

House2 Je suis resté si longtemps loin de ce blog que j’en ai même, par moments, oublié l’existence. Mes diverses activités professionnelles accaparent l’essentiel de mon temps et de mes capacités intellectuelles, les deux d’ailleurs fortement entamés par les interminables et abêtissantes heures de conduite sur l’autoroute Casa-Marrakech. Les préposés au péage et les gendarmes me reconnaissent désormais, ce qui est rafraîchissant pour les premiers, et ruineux pour les seconds.

                  

Sur mon temps libre, je m’occupe de la finition d’une petite maison que j’ai acquis, comme cela est de plus en plus courant à Marrakech, en « semi-fini ». Pour ma part, j’appellerai plutôt cela du « à peine entamé ». En tout cas, la qualité de la construction est tellement approximative qu’on ne finit pas vraiment la maison, on la recommence.

                  

Armé de patience et d’un crédit à long terme, je me suis ainsi lancé avec entrain dans la pittoresque gestion des divers corps de notre artisanat qui partagent tous le même amour du travail bien –mais très lentement- fait.

                     

Il n’est donc pas étonnant que, au lieu d’activités intelligentes comme la mise à jour d’un blog,  j’emploie mon « cerveau disponible » à des pratiques bien moins épuisantes sur le plan neuronal comme errer sur Facebook ou m’administrer des saisons entières de « Dr House » en intraveineuse.

                   

Ma dernière (vraie) note remonte donc au tout début de l’année 2008, époque lointaine et bénie où le pétrole se vendait au prix dérisoire de 90 dollars le baril. Depuis, le monde a lentement glissé dans une ambiance où règne le doute et l’incertitude. Les convictions d’hier s’effondrent l’une après l’autre.

                         

Les biocarburants sont la solution à la crise énergétique ? Non , ils sont la cause de l’explosion des prix des denrées alimentaires et font planer la menace d’une famine mondiale (le maïs nécessaire à la production du biocarburant d’un seul plein de SUV californien suffirait à nourrir toute une famille mexicaine pendant une année).

                      

L’économie mondiale est entrée dans une phase croissance continue ? Non, le crash financier nous guette et nous entrerons bientôt dans une période de dépression économique qui nous fera regretter la crise de 1929 (et on nous ne pourrons même pas brûler les surplus de café dans les locomotives pour se défouler puisque, premièrement, il n’y a plus de locomotives à vapeur, et, deuxièmement, il n’y aura plus de surplus de rien du tout).

                  

L’Italie a tourné la page de Berlusconi ? Et non, le voilà de retour, plus lifté et liposucé que jamais. Avec ses amis de la Ligue du Nord, ils nous promettent de chaudes années sous le radieux soleil de l’Italie.

                     

Et ce ne sont que quelques exemples. Même notre paisible ville de Marrakech n’est pas en reste.

La folle expansion du tourisme ne serait-elle pas entrain de se ralentir ? Mais non, quelle idée ! Avec des hôteliers qui vendent des prestations de second ordre au prix des plus beaux palaces de Dubaï, la destination restera évidemment toujours aussi attrayante.

                         

L’immobilier va-t-il s’effondrer ? Mais non, pourquoi s’alarmer ? Des milliers d’appartements à 2500 euros le m² et des villas à 500.000 euros trouveront toujours acheteurs dans un pays où le SMIG est autour de 180 euros, et où le salaire moyen n’est pas beaucoup plus élevé.

                            

Après de folles années d’optimisme béat et baveux, l’année 2008 est arrivée, déguisée en Tektonic, désarticuler et secouer toutes ses belles convictions et certitudes. Pour filer cette sympathique métaphore, le monde est comme ces grotesques danseurs en T-shirt rose fluo et cheveux en balai de chiottes publiques : il ne sait plus sur quel pied danser.

                        

Vous comprendrez donc facilement que, dans ce monde si précaire et instable, je préfère, au lieu de réfléchir, regarder des épisodes de Dr House. Lui au moins, il fait toujours le bon diagnostic et trouve le bon remède. Le patient a beau convulser et frôler la mort, il sort toujours de l’hôpital bon pied bon œil retrouver les siens émus et ravis.

Trop de raffinement tue le raffinement

Le nom de notre pays peut bien signifier en arabe « pays de l’occident extrême » (Al Maghrib Al Aqsa), nous ne demeurons pas moins des orientaux, dotés (au moins en partie) d’un certain sens du raffinement.

            

Les invasions abbassides (Avant de devenir la ville la plus dangereuse du monde, Bagdad fut le phare de la culture mondiale), les invasions omeyyades (avant de devenir un musée à ciel ouvert de statuts des Assad père et fils, Damas fut la capitale florissante d’un immense empire), l’émigration des andalous après la reconquista (autant les musulmans que les juifs, dans leurs différentes vagues successives d’exode), des siècles de monarchie et de vie de cours (avec la propension universelle de la bourgeoise à imiter dans son intérieur les traditions de la cours), etc… Tout cela a laissé des traces dans notre pays.

               

On asperge nos invités d’eau de rose, on brûle de l’encens à la moindre occasion, on disperse des pétales de roses à tout va, etc… on m’a même raconté cette belle histoire : il fut un temps où, la veille du retour du Sultan dans la ville de Fès, sa suite semait des pétales de roses dans les sources d’eau qui alimentaient la ville en eau. De cette façon, les fassis apprenaient l’arrivée imminente du sultan en découvrant, à l’aube, des milliers de pétales de roses dans les fontaines de la vielle ville.

            

Quand on dispose d’une tradition pareille, et qu’on ambitionne de recevoir 10 millions de touristes en 2010, on en profite sans retenue pour flatter les rêves d’Orient du voyageur, au risque de frôler l’indigestion.

               

Pendant le dernier Festival de cinéma de Marrakech, j’ai dû me rendre pour un rendez-vous dans un tout nouvel hôtel inauguré à l’occasion : Le Saadi Palace. C’est un hôtel magnifique, somptueusement meublé, admirablement conçu… un joyau de l’hôtellerie marocaine (c’est là où était logé Leonardo Di Caprio, et pendant ma visite, j’y ai aperçu Matt Dillon).

               

Mon rendez-vous ayant été copieusement arrosé de café et de Sidi Ali, j’eu donc également l’occasion, avant de partir, de visiter les petits coins de l’endroit. Et là, quel ne fut mon effroi : quelqu’un avait jugé que le comble du raffinement serait de placer des pétales de roses au fonds de la cuvette. Des pétales de rose autour de l’évier, sur les serviettes.. . ça fait joli et raffiné. Au fonds de la cuvette, c’est clairement une faute de goût et un crime contre les pauvres roses. A vous couper l’envie...

               

L’illustration parfaite de la maxime : trop de raffinement tue le raffinement.

                

En cette année qui commence avec autant de drames, de catastrophes et d’angoisses pour l’avenir du monde, les sujets bien plus graves ne manquent pas.

                  

Mais j’avais envie d’exprimer mon indignation sur ce sujet précis. Il faut savoir se montrer courageux parfois.

Cheesy riders

Motos Les mobylettes ne règnent plus en maître sur les routes marocaines. Les Peugeot 103 qui servent à transporter toute la famille, le mouton de l’aïd et la machine à laver sont concurrencées par de nouveaux arrivants, bien moins pittoresques, mais infiniment plus insupportables.

Les motos sont devenues tendance et la faune des deux-roues hors mobylettes s’est très fortement peuplée.

Il n’est pas nouveau que des spécimens de la jeunesse dorée de Marrakech ou de Casa sèment la terreur dans les rues sur leurs grosses cylindrées débridées, mais le phénomène a pris une ampleur nouvelle depuis quelque temps.

À force de fréquenter, pendant ce ramadan, le boulevard Zerktouni à Casablanca juste avant le ftour, j’ai développé une aversion féroce pour ces jeunes c… qui le remontent à 120km/h à cheval sur leurs abominables machines. Pour un automobiliste, c’est un vrai cauchemar : on les entend s’approcher mais on ne les voit pas. On ne sait pas s’ils nous dépasseront à gauche, à droite ou au milieu. Au moindre coup de volant, on craint d’écraser du jeune c… (Ce qui ne serait pas désagréable s’il n’y avait le temps perdu et le risque de désagréments juridiques).

A Marrakech, la mode est à une race nouvelle de scooters, qui paraissent aussi trafiqués que les comptes de campagne de nos élus. La carrosserie de ces engins est réduite à sa plus simple expression et leur mécanique est exposée au grand air. Ces motos semblent particulièrement adaptées aux acrobaties les plus spectaculaires. Tout à l’heure, j’ai vu un adolescent réaliser un numéro très abouti qui trouverait parfaitement sa place dans le programme du cirque de Moscou : à genou sur la selle, les deux pieds sur la selle, les deux pieds en l’air, en suspension à côté de la moto, etc…

J’aurai volontiers applaudi si je n’étais pas trop occupé à me dépêtrer  de l’embouteillage que notre intrépide acrobate a provoqué en plein boulevard Mohammed VI.

Il est à noter que ces scooters fonctionnent mieux à proximité des lycées et en présence d’une audience féminine, jeune et courtement vêtue de préférence.

Dernière catégorie de fléaux urbains : les préadolescents grassouillets en quad.

Ces fils à papa hantent les rues des quartiers cossus et terrorisent les ménagères qui regagnent leurs villas au volant de leurs 4x4 rutilants (les 4x4 sont toujours rutilants).

Tout cela serait assez anodin s’ils ne prenaient des risques inconsidérés et s’aventuraient parfois en pleine ville pour montrer à quel point ce sont de vrai rebelles (Khasrin quoi !)

Heureusement, on voit également de plus en plus d’authentiques motards, au volant de magnifiques Harley ou Goldwin. Ils ne m’inspirent pas les mêmes envies de meurtre que les précédents. D’abord, parce que leurs motos sont souvent très belles. Ensuite, parce qu’ils ont une conduite généralement beaucoup plus responsable (C’est vrai que sur une Moto qui vaut le prix d’une Berline allemande, on prend forcément moins de risques).

L’heure Zéro

Ramadan_2 Ramadan Moubarak tout le monde ! Oui, je sais, après déjà 11 jours de jeûne, il était temps ! Vous ne trouvez pas que le Ramadan est particulièrement difficile cette année ? Peut-être que je vieillis mais j’ai rarement autant accusé le coup pendant le mois de jeûne. Comment ferons-nous l’année prochaine quand le Ramadan commencera en août ? Ah la la .. ma bonne dame, c’était plus facile avant.

Ce qui demeure formidable pendant le Ramadan, c’est cette heure magnifique qui encadre la rupture du jeune. Une demi-heure avant, une demi-heure après. Une heure qui se démarque dans le continuum espace-temps comme une pensée intelligente dans le cerveau de Georges Bush, ou un bout de tissu sur la peau de Britney Spears.

La demi-heure avant d’abord. L’heure de la rupture du jeûne approche, l’état d’urgence est déclaré, toutes les conventions sont abolies… En commençant par le code de la route. Les feux rouges, déjà modérément respectés pendant l’année, ne jouent plus qu’un rôle facultatif et informatif. Motos et voitures filent droit à leur destination, au mépris des feux rouges, stops et passages cloutés. Malheur aux piétons qui s’aventurent sur la chaussée pendant cette demi-heure décisive, leur espérance de vie est égale à celle d’un militant israélien de la fierté-gay perdu avec sa pancarte au milieu d’une manifestation du Hamas.

La demi-heure après ensuite. Pendant ces trente petites minutes, les marocains vont consommer, entre autres victuailles, 30 millions de bols de Harira, 2 millions de litres de lait, 7 millions d’œufs et 2000 tonnes de dates. Burp. Tout cela copieusement arrosé de télévision et de « programmes ramadanesques ». Personne ne se souvient plus de l’origine de cette tradition, mais il est désormais établi que l’heure du ftour doit obligatoirement s’accompagner d’émissions humoristiques. Il est également établi que personne ne les trouvera drôles, qu’elles seront virulemment et unanimement critiquées mais que tout le monde continuera à les regarder, en faisant sauter les taux d’audience. D’ailleurs, les annonceurs ne s’y trompent pas qui concentrent une énorme part de leur effort publicitaire annuel sur cette période, et conçoivent des spots spéciaux où ils paraissent redécouvrir, soudainement, le charme authentique et pittoresque de nos traditions séculaires.

Le seul évènement télévisuel comparable qui me vient à l’esprit est le Superbowl. Pendant le Ramadan, c’est le superbowl tous les soirs, pendant un mois. Tous les ingrédients sont réunis : l’audimat qui frôle les 100%, le grignotage intensif des spectateurs et même le défi sportif (arriverez-vous à passer sous la barre des 10secondes pour la descente du bol de harira ?)

Pendant ces agapes, les rues sont désertes. A l’ambiance à la Mad Max succède une atmosphère de ville fantôme. Quel spectacle formidable (et impressionnant) que celui des carrefours les plus cauchemardesques de Casa ou de Marrakech absolument déserts, seulement parcourus par quelques chiens errants ou chats apeurés. On peut remonter tout le boulevard Mohammed V, nu comme un vers et en faisant la danse de la pluie, sans croiser le moindre regard désapprobateur.

Mais dès les 30 minutes écoulées, les tables du ftour asséchées et les émissions drôles par drôles terminées, les marocains quittent leur pénates, les rues retrouvent leurs embouteillages coutumiers, et le charme est rompu !

Glossaire des Présidentielles - Suite

L20elysee  Journalistes : Ce sont les membres du jury de la grande émission de téléréalité appelée « Elections Présidentielles ». Si ce sont les téléspectateurs qui ont le dernier mot pour le choix du vainqueur, les membres du jury font subir aux candidats différentes épreuves pour les faire « apparaître sous leur vrai jour » aux téléspectateurs, et aider ces derniers à faire leur choix. Certains paranoïaques (voir « Journal Marianne ») prétendent que ces journalistes-membres du jury sont téléguidés et manipulés par la « production » (Voire « Production »)

Production : Nébuleuse constituée par les patrons des grands groupes industriels français opérant dans différents secteurs (BTP, Grande Distribution, etc…) qui ont acheté, en même temps que leur riad à Marrakech, un ou deux organes de presse pour offrir à leurs enfants des opportunités de stage plus réjouissantes que des viaducs routiers ou des plateformes logistiques. On les accuse parfois de tenter d’influencer les journalistes qui travaillent dans leurs journaux et magazines.

Candidats : On constate deux catégories de candidats à l’élection présidentielles. Les candidats non déclarés et les candidats déclarés. Tout diplômé de Sciences-Po qui réussit le concours de l’ENA est un candidat non déclaré à l’élection présidentielle dès le premier jour de la rentrée. Il s’emploiera d’y penser tous les matins en se rasant la barbe (si c’est un homme) ou tous les soirs en se démaquillant (si c’est une femme).

Les candidats déclarés sont ceux qui réussissent, après plusieurs années, à entrer effectivement dans la course à la présidence, souvent à la faveur d’initiatives heureuse (trahisons, coups bas, revirement idéologique)

Elkabbach : Journaliste. Membre du jury des élections présidentielles depuis 50 ans. Rendu célèbre par un échange d’amabilités avec Georges Marchais où celui-ci a exprimé, avec un sonore « Taisez-vous Elkabbach ! », le sentiment général des candidats de gauche. En effet, Elkabbach conserve avec obstination une inébranlable objectivité de droite.

Salon de l’agriculture : épreuve amusante des élections présidentielles qui consiste à tâter le cul des vaches, en buvant du petit blanc et en mangeant des tartines de rillettes pur porc (certains paranoïaques prétendent que cette épreuve n’a été créée que pour éliminer d’office les candidats de confession juive ou musulmane).

Différentes histoires circulent sur la genèse de cette épreuve. La plus crédible serait que les organisateurs auraient longtemps hésité entre une épreuve de combat de vachettes et une épreuve de plus gros mangeur. Ils eurent alors l’idée de réunir les deux dans une épreuve unique : la visite du salon de l’agriculture.

Fantastique Gad el Maleh

Gadelmaleh La soirée avait plutôt mal commencé. J’ai eu la désagréable surprise de découvrir que la place qui m’était échue était un strapontin qui semblait aussi confortable que ceux de la ligne 10 du métro parisien, après le passage d’un troupeau de supporters du PSG avinés un soir de victoire (heureusement cela n’arrive pas souvent).

J’étais d’autant plus mécontent que j’avais payé ma place au prix fort et que la vendeuse ne m’avait pas prévenu que je n’aurai droit qu’à cet ersatz de siège. Grrrrrr…

Mais Gad el Maleh est l’humoriste le plus couru au Maroc et ses spectacles sont souvent complets plusieurs semaines à l’avance. Ravalons donc notre rage et posons notre postérieur sur le minuscule carré de velours rouge.

Mais le sort avait décidé de s’acharner contre moi. Quelques minutes après mon installation forcée, le strapontin s’est écroulé, et, par un effet naturel d’entraînement, le postérieur posé dessus également. (quand je vous disais que la soirée commençait mal !).

Le préposé à la maintenance est vite intervenu pour redresser le siège cassé et le caler avec un objet métallique quelconque. Mais il a jugé utile de conclure son intervention par une remarque qui laissait perfidement sous-entendre que cette avarie technique était moins due à la qualité de fabrication dudit strapontin qu’au poids du postérieur posé dessus…

Quand les lumières se sont éteintes, je n’étais donc que modérément dans un état d’esprit comique. Par ailleurs,  si j’étais heureux de voir Gad en live, j’avais peur de m’ennuyer à un spectacle dont j’avais vu plusieurs fois le DVD.

Mais c’était compter sans le génie (il faut oser le mot) de Gad. Son show d’hier était en grande partie inédit, d’autant plus inédit qu’il s’écrivant dans l’instant, dans l’improvisation, de façon interactive avec le public. Gad est certainement l’un des rares artistes qui sait canaliser, à son service, l’enthousiasme parfois excessif et dérangeant du public marocain.

Plutôt que de jouer les sketchs vus et revus de son DVD, Gad s’est lancé dans une sorte de stand-up improvisé sur le Maroc, Marrakech … et l’impossibilité pour un comique de jouer son spectacle devant un public qui le connaît déjà par cœur, et qui anticipe toutes les chutes comiques.

Il y a eu de nombreux morceaux de bravoure dans ce show, particulièrement une irrésistible imitation de parler soussi et un sketch sur les bagarres d’ivrogne dans les bars de Casablanca. Et c’est cela certainement le plus impressionnant chez Gad : même s’il a quitté le pays depuis plusieurs années, c’est certainement l’humoriste marocain qui a le regard le plus drôle (et le plus juste) sur le Maroc.

La première fois que j’ai vu Gad en Live, c’était, je crois, en 1995, au Palais des Congrès de Marrakech, lors d’un dîner de gala organisé au profit d’une association humanitaire. Personne ne le connaissait à l’époque mais toute la salle était pliée de rire.

En 1996 ou 97, je suis allé le voir au Palais des Glaces, à Paris. Il jouait son premier spectacle « Décalages ». Je me souviens que je suis tombé de mon siège tellement je riais (et ce n’était pas une histoire de strapontin défaillant). Je suis d’ailleurs retourné le voir la semaine suivante…

Depuis, malgré quelques aventures cinématographiques aproximatifffffsss, Gad a connu un succès fulgurant, et mérité.

Au delà de ses talent d’écriture, d’improvisation, d’ « expression corporelle », il a cette capacité unique de faire rire sans fiel, cynisme ni méchanceté, avec un regard tendre et attendrissant sur ses victimes.

Merci Gad !

Babouches, chameaux et politique

Marrakech_souk_2 Les sondages IFOP/RTL/LeMonde/Nouvel Observateur/AutoMagazine ou IPSOS/Libération/MTV/Journal de Mickey peuvent se rhabiller. Ce ne sont pas les sondeurs parisiens (ceux qui nous expliquent avec une conviction inébranlable, après chaque soirée électorale, que ce n’est pas parce qu’ils se sont trompés qu’ils avaient tort) qui sont les véritables baromètres de l’opinion publique française

Les meilleurs observateurs des scrutins électoraux français sont les marchands des souks de Marrakech. Ils mènent depuis plusieurs mois, avec une admirable persévérance, une étude des évolutions l’opinion publique française.

Après les formules d’accueil d’usage : « Salam Alaïkoum. Entre voir plaisir des yeux. 2000 chameaux pour ta gazelle » (il ne faut pas décevoir le touriste et offrir à sa femme la vision fugitive, effrayante et excitante à la voie, de la voluptueuse vie  de harem), après les salamalecs donc, ils entrent dans le vif du sujet et posent la question brûlante : « alors, mon ami, tu votes Sarkozy ou Royal ? » (question directe qui a l’avantage de la clarté, qualité que n’ont pas toujours celles des instituts de sondages)

Encore étourdi par la longue séance de marchandage, troublé par la vision de sa femme en odalisque, abîmé dans ses pensées (il faut être imaginatif pour caser 2000 chameaux dans un pavillon de banlieue, même avec une épouse en moins),  le touriste s’exprime avec une franchise qu’il n’aurait pas face au sondeur qui le harponne dans la rue et l’assaille de questions alambiquées au risque de lui faire manquer son train.

A la fin de la journée, les marchands du souks mettent en commun les données récoltées et peuvent donc se faire une image assez exacte de l’état de l’opinion. D’autant plus qu’ils peuvent se baser sur un échantillon plus large que les 1000 sondés habituels des instituts. En effet, près d’un million de touristes français visitent Marrakech chaque année, ce qui fait une moyenne quotidienne de près de 3000 promeneurs qui sillonnent la Médina à la recherche d’une paire de babouches (et éventuellement d’une offre de reprise intéressante pour une épouse encombrante)

Toutefois, jusqu’à aujourd’hui, aucune des personnes interrogées dans les ruelles de Marrakech n’a déclaré voter pour M. Jean-Marie Le Pen. Ce qui est un phénomène bien surprenant qui mérite une investigation scientifique approfondie.

Pourquoi les marchands de Marrakech se passionnent-ils ainsi pour le scrutin français ? Pour des raisons de stratégie marketing (mieux connaître sa cible pour initier une démarche « One to one » de commercialisation de la lanterne en peau de chèvre) ? Il y a un peu de cela mais la raison la plus importante est toute autre.

Les marchands de Marrakech ne font que refléter la fascination mi-amusée et mi-envieuse qu’éprouvent les marocains dans leur ensemble pour cette campagne présidentielle.

Le Maroc vit également une année électorale. En septembre 2007, seront organisées les élections législatives (le scrutin le plus important dans une monarchie parlementaire). Pourtant, l’encéphalogramme politique est aussi plat que celui de Fidel Castro, ou celui des « éléphants » quasi-centenaires qui s’accrochent avec l’énergie du désespoir à la vie et à leurs sièges dans les bureaux politiques des principaux partis politiques.

Pas de débats passionnés, pas de visages nouveaux, aucun suspens. Les élections législatives de 2007 suscitent un enthousiasme contenu.

Les marchants de Marrakech, comme leurs concitoyens, vivent donc la fièvre électorale par procuration.

Nous en reparlerons…

Panique à Casa

Casablanca C’est le sujet de conversation du jour : « Et toi tu l’as senti le tremblement de terre ? ».

Il paraît que des entreprises ont fait évacuer leurs bureaux. Ce qui est un peu absurde : une fois que le tremblement de terre est passé, à quoi cela sert-il d’évacuer ? (à part de gagner une heure sur sa journée de travail et de glousser avec les collègues).

C’est vrai qu’il y a la crainte des répliques. A ce propos, il y avait des rumeurs assez étonnantes qui circulaient par SMS : « Attention, il y a une réplique prévue à 14h30 ». Ce qui prouve que – cochez la bonne réponse - :
-    Les scientifiques sont très forts et font désormais des calculs très précis (dommage qu’ils étaient en RTT pendant le tsunami)
-    Les marocains sont vachement fortiches pour les rumeurs
-    Le séisme a laissé un petit mot en partant : « je reviens dans 3 heures et 30 minutes. Bisous »

Le plus drôle tout de même est que ce tremblement de terre était assez gentillet. Ce n’était pas grand chose finalement. Pas de quoi secouer une Orangina.

Pour ma part, j’étais dans un café quand s’est arrivé. Je me suis dit : « tiens, c’est le métro qui passe ». C’était exactement la sensation qu’on peut ressentir dans les salles de cinéma en sous-sol des Champs-Élysées quand passe le train. Mais l’odeur de la harcha chaude et du beurre fondu consommés par mon voisin m’a rappelé qu’on n’était pas du tout à Paris.

Ceci dit, c’est beaucoup mieux comme ça. « Les tremblements de terre, vaut mieux en rire qu’avoir à en pleurer » (proverbe indonésien)

Marrakech sous la pluie

Marrakpluie Les marrakchis sont frileux, c’est bien connu. C’est le seul endroit au monde où on peut croiser des gens en anorak en plein mois d’août, à 40° à l’ombre. Je n’invente rien, j’en vois tous les ans. Au fait, sous leurs multiples couches de vêtements, ils développent leur propre micro-climat, et macèrent dans une marinade personnelle, intime et réfrigérante.

L’inadaptation des marrakchis à l’hiver prend une tournure spectaculaire les jours de pluie. Le moindre crachin sème la panique et le chaos dans la ville.

Comme tous les marocains, les marrakchis, traumatisés par les années de sècheresse, aiment la pluie. Les premières averses de l’automne sont accueillies par des cris de joies.  Les marrakchis se félicitent mutuellement, lèvent les mains au ciel pour remercier le seigneur…puis lèvent les mêmes mains pour remercier le même seigneur de les aider à rentrer vivants chez eux.

D’abord, Marrakech n’a pas été conçue pour la pluie. Les égouts de la ville se bouchent dès la première averse. Les rues s’inondent en un clin d’œil, donnant des airs de déluge à quelques gouttes d’eau tombées  d’un nuage fourvoyé (vous êtes perdu mon petit ! Pour Londres, il fallait prendre la troisième à gauche).

Après le retrait des eaux, de grandes flaques demeurent au milieu de la chaussée. Elles prendront plusieurs semaines pour se résorber. En effet, les autorités de la ville ont des penchants écologistes. Elles n’interfèrent jamais avec le cours de la nature et lui laissent le temps de faire son patient travail d’évaporation.

Trompés (et trempés) par les chaussées inondées, les marrakchis succombent à l’ambiance d’apocalypse. Un consensus tacite se fait sur la nécessité d’appliquer un état d’urgence. Le code de la route est aboli (enfin, ce qu’il en reste). De nouveaux codes de la politesse entrent en vigueur (un bras d’honneur signifie alors « Bonjour cher ami ! Quel déluge, n’est-il pas ? Permettez-moi de vous griller la priorité et de railler au passage votre carrosserie. vous êtes bien aimable ») . Le droit à la vie des piétons est suspendu (tout bipède plongeant improvisant une brasse perdu au milieu de la chaussée est considéré comme « ennemi combattant »)

Si par malheur, le tonnerre et les éclaires s’ajoutent à ce tableau, la ville devient le théâtre de véritables scènes d’hystérie collective. Il est même arrivé qu’on ferme une usine avant l’heure habituelle de fermeture parce que, terrorisées par les éclaires, les ouvrières refusaient de travailler. Il y a même eu des évanouissements. (C’est une histoire authentique)

Les premières pluies de l’année revêtent un caractère encore plus pittoresque. Le long des interminables mois de sécheresse, une épaisse couche de crasse se forme au-dessus du goudron. Les premières averses transforment cet enrobage en un liquide graisseux, savonneux et glissant, particulièrement redoutable pour les deux roues. Il n’est pas rare alors de voir des mobylettes se lancer dans de spectaculaires glissades au milieu des bus et des camions. C’est une sorte de « Holiday on Ice » géant et improvisé. Un spectacle qui serait amusant s’il ne coûtait pas la vie chaque année à une dizaine de chauffeurs de mobylettes.

L’inconscient qui essaye de trouver refuge dans la médina s’englue comme une mouette bretonne mazoutée dans la boue (et pas seulement la boue) qui envahit les ruelles étroites.

La seule chose raisonnable à faire à Marrakech quand il pleut est de rester chez soi. C’est l’occasion d’utiliser votre belle cheminée (elle va enfin servir celle-là !), d’écouter la pluie frapper contre la fenêtre et de disserter doctement –les pieds au sec- sur les bienfaits de la pluie.

Papi-Mobile

Après la papamobile, la papimobile.

Papimobile