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Chasse aux invitations !

Img00015 Avant l’inauguration du festival, le Saint-graal s’appelle « accréditation ». Dans le jargon des festivals, les accréditations désignent ces petits bouts de plastique qu’on porte fièrement autour du cou, et qui donnent accès au palais du Festival.

Mais attention, toutes les accréditations ne se valent pas, et la couleur de la vôtre indique votre rang dans la hiérarchie festivalière. A Marrakech, c’est jaune pour la presse , gris pour les techniciens, bleu pour les professionnels, violet pour les officiels (la classe), blanc pour les « invités »… cette dernière espèce d’accréditation donne surtout droit à se faire discret et à parler poliment aux milliers d’agents de sécurité qui encadrent le Palais des Congrès.

Mais quelque soit la couleur du bout de plastique qui se balance à votre cou, de nombreuses portes resteront fermées devant vous sans la pierre philosophale : le carton d’invitation frappé de l’étoile du festival, vous enjoignant de porter un costume sombre et une cravate, et vous priant d’honorer de votre présence tel ou tel événement.

Ne parlons même pas des soirées  VIP, VVIP ou VVVIP, aussi difficilement accessibles que la chambre à coucher de Britney Spears (oups, mauvais exemple !), et pour lesquelles les invitations sont aussi convoitées que des permis d’exploration pétrolière libyens (mes exemples sont bien curieux aujourd’hui…)

Contentons-nous de certaines manifestations auxquelles les simples mortels comme votre serviteur peuvent espérer participer : projections spéciales, hommages ou cérémonies. Pour toutes ces joyeusetés, les invitations se convoitent, les invitations se quémandent, les invitations se mendient

Certaines personnes ne reculent devant aucune bassesse pour obtenir un de ces précieux cartons. On les voit, comme des pénitents mexicains, se traîner sur les genoux devant le palais des congrès, les cheveux hirsutes et le visage couvert de cendres, accrochés aux basques d’un membre de l’organisation. Ce dernier, épuisé par le stress accumulé depuis le début du festival, apitoyé par tant de détresse, lâche parfois une invitation à l’intention du pénitent, avec dans les yeux ce mélange de compassion et de dédain que devait avoir le Calife Haroun Errachid quand il jetait des pièces d’argent à la foule de Bagdad.

Organiser le festival de Marrakech est une double gageure. Il faut relever le défi logistique de cette énorme machine. Sachant que des milliers de personnes, qui n’ont pourtant rien d’autre à faire pendant le festival que manger des petits-fours aux cocktails, attendent le moindre couac pour crier à la mauvaise organisation en se resservant du champagne aux pince-fesses que vous avez péniblement organisés. Ensuite, il faut gérer l’invasion des quémandeurs d’invitations dont les vols groupés et insistants ne sont pas sans rappeler quelques unes des scènes les plus effrayantes des « Oiseaux » d’Hitchcock.

Je ne sais pas laquelle des deux facettes de cette mission est la plus difficile.    

C’est festival !

Festival La 7eme édition du Festival International du Film de Marrakech a été inaugurée vendredi dernier et, depuis, une odeur de pellicule fraîche et un nuage de paillettes flottent au dessus de la ville.

Il s’agit pour moi d’un festival particulier : c’est le premier que je vis en tant que professionnel de la profession, avec le joli badge bleu qui va avec (et plus l’humble badge « invité » que j’avais les années précédentes)

En effet, en tant que coordinateur du programme Meda Film Development (MFD), j’ai posé un orteil et une demi-oreille dans la grande famille du cinéma.  MFD (www.mfd.ma) est un programme qui sélectionne chaque année 10 tandems scénariste/Producteur et les accompagne dans le développement de leurs films (c’est-à-dire tout ce qui précède le premier tour de manivelle)

Nous recevons ces tandems 3 fois par an à Marrakech pour des sessions de formation. La troisième de ces sessions est organisée en ce moment, en parallèle avec le Festival de Marrakech (qui finance MFD à hauteur de 20%, le reste étant apporté par l’Union européenne).

Malgré mon joli badge, accaparé par l’organisation de la session MFD, je n’ai pas encore eu vraiment le temps de profiter du festival.

Je ne pouvais toutefois pas manquer la « Leçon de cinéma » donnée par Martin Scorcese samedi, qui restera probablement comme l’un des meilleurs moments de l’histoire des festivals de Marrakech.

Ecouter Scorcese commenter des séquences tirées de ses films est une expérience fascinante. Cet homme respire le génie et exhale un charisme impressionnant. Ceci-dit, nous étions tous tellement ébahis de voir le maître en chair et en os (c’est Scorcese m…) qu’on aurait crié au génie même s’il s’était contenté de nous donner la recette du tiramisu de sa maman. Cependant, Scorcese a été véritablement brillant et captivant. On se dit que les festivals de cinéma n’existent que pour permettre à ce genre d’instants voir le jours.

Cette septième édition marque un nouveau saut qualitatif pour le festival : l’organisation est plus maîtrisée, la programmation plus intéressante, les artistes marocains sont traités avec plus de considération, etc… le festival gagne en maturité. C’est moins le Festival du tourisme marocain et plus le Festival du Film.

À suivre…