Si vous tombez de cheval au cours de vos premières leçons
d’équitation, on vous recommandera généralement de monter en selle très
rapidement. En effet, si vous tergiversez trop, vous pourrez développer une
appréhension insurmontable, ou même une véritable phobie.
J'ai mis ce sage précepte en application. Même si j’ai été échaudé par ma virée au Colisée samedi, j’y suis retourné hier pour voir un nouveau film, et ne pas contracter une phobie des salles obscures.
(Parental Advisory : cette maxime de « réessayer sans attendre après les incidents » ne fonctionne pas avec le saut en parachute).
Je suis allé voir un film espagnol, A Gulpes, qui fait partie de la sélection officielle.
Dieu merci, les sauvageons n’étaient pas de sortie, et le public était plutôt civilisé. J’ai eu quelques inquiétudes quand j’ai vu, après le début de la projection du film, un petit groupe d’adolescentes caquetantes s’installer juste devant moi. Mais ces pipelettes ont quitté la salle, rouges et offusquées, à la première scène d’amour. Je dois reconnaître que c’était une scène assez épicée (hombre ! c’est un film espagnol) et qu’on voyait même, ô outrage ô honte suprême, un zizi. (Et oui, les filles, c’est fait comme ça un homme) (Ceci dit, je dois reconnaître que c’est la première fois que l’apparition d’un zizi quelque part m’a réjoui).
Les vierges effarouchées sorties, la projection s’est poursuivie sans incidents.
Au dernier festival de Cannes, la « paternité » était la thématique récurrente. J’ai l’impression que la plupart des films de la sélection officielle du 5 Festival de Marrakech aborde le thème de l’échec social, ou plutôt des rêves brisés.
A Gulpes est un film dur, qui décrit crûment les errances d’une jeunesse espagnole désespérée et déboussolée, dont les rêves (pourtant petits et sans héroïsme : acheter une licence de taxi par exemple …) s’effondrent l’un après l’autre. L’amour lui-même ne permet pas de fuire la réaité mais est une source de difficultés nouvelles : conflits culturels (je crois que c’est le premier film espagnol à mettre en scène un personnage féminin marocain), trahisons, mensonges, violence conjugale, etc…
Ce n’est pas une Espagne de cartes postales qui est décrite, mais l’Espagne des banlieues industrielles, du chômage, de la drogue et de la violence.
Curieusement, alors que je pensais que le film allait se terminer sur une note complètement désespérée, le réalisateur a opté pour une fin pleine d’espoir : l’amour, la rédemption, la générosité, le pardon, redeviennent possible. C’est bien amené, et cette fin heureuse, concentrée en quelques minutes, ne sonne pas faux.
C’est un bon film, poignant, bien réalisé et bien joué (très bons acteurs, tous inconnus au bataillon). Mais il ne manque pas de maladresses : beaucoup de thèmes sont abordés sans être approfondis et beaucoup de sous histoires sont entamées sans être menées à terme. On les perd en route, parfois très tôt).
Personnellement, je lui donne un 15 sur 20.
Détail amusant : le film est sous-titré en anglais,
français et arabe. Le sous-titrage arabe est hilarant. Les dialogues sont bourrés
de gros mots et le traducteur conserve un langage châtié digne du journal de la TVM. Toutes les insultes de la terre sont traduites par ce seul mot : alla3na !
J’ai toujours eu une bonne expérience avec les films espagnols, ça ne m’étonnerait pas que ce film soit émouvant et touchant par la simplicité de l’histoire puis le charisme des personnages heureusement qui y a toujours le cinéma européen pour nous faire voyager à travers des histoires simples plutôt qu’un cinéma américain très extravagant à l’hollywoodienne.
Je n’ai pas encore vu ce film mais j’ai hâte surtout après ce post :)
Rédigé par : Tima | 17/11/2005 à 00:58