
Je voulais vous exposer mes états d’âme de personne désormais célèbre (puisque je passe à la radio !). Je voulais aussi vous raconter comment j’ai été une nouvelle fois fasciné par les paradoxes que présente le Maroc : régie numérique très moderne et techniciens en djellabas, salle d’attente de la station squattée par de vrais marrakchis (100% pur jus. Garantis sans additifs ni conservateurs) qui se gavaient de thé à la menthe et de sfenj (beignets délicieux mais hiroshimas caloriques).
Je voulais vous raconter tout cela mais j’ai décidé finalement de dédier ma note à une actualité brûlante : le départ de ma voiture à la fourrière et ma plongée matinale dans un épuisant tourbillon administrativo-policier.
En sortant de mon interview, encore tout ému de mon entrée récente dans le star system, j’ai constaté avec effarement la disparition de ma voiture. Stupeur et tremblement. Le concierge d’un immeuble du coin remarque mon désarroi et, un sourire mauvais aux lèvres, prononce ce simple mot : « el fouriane ».
J’étais pourtant sûr d’être garé dans un endroit autorisé. Mais j’aurai dû me souvenir que, aux abords de l’avenue Mohammed V, les limites entre stationnement autorisé et interdit sont floues. Les dépanneuses de la fourrière rôdent et, selon de mystérieux critères impénétrables à nous-autres mortels, enlèvent des voitures. J’étais garé Rue de Yougoslavie (un pays qui n’existe plus ! c’était un signe), en plein cœur de ce triangle des Bermudes urbain où les voitures disparaissent, happées par les forces obscures de la fourrière municipale.
Stoïque, je saute dans un taxi, direction la fourrière, située bien évidemment à l’autre bout de la ville. Arrivé sur place, j’ai reconnu ma voiture, échouée au milieu d’un indescriptible empilement de vieilles ferrailles. Je pensais repartir au volant de mon véhicule, mais mes rêves de dénouement rapide et heureux ont été déçus. On me donna un petit papier et on m’envoya payer ma contravention au commissariat central, à l’autre bout de la ville….et à quelques mètres de l’endroit où ma voiture a été enlevée. Sans me départir de mon sourire résigné, je saute à nouveau dans un taxi pour revenir au centre-ville.
C’était la première fois que je mettais les pieds dans un commissariat. J’ai été surpris. Tout le monde était très sympa et très poli. L’endroit était assez sordide mais j’ai passé un agréable moment à plaisanter avec le préposé aux contraventions. Il pestait contre une circulaire administrative qui lui interdisait de fumer dans son bureau et, suprême outrage, lui imposait d’afficher un panneau portant la mention (mensongère à son avis) : « le tabac nuit à la santé ».
Il régnait une ambiance détendue et bon enfant complètement surréaliste dans ce commissariat. Difficile d’imaginer que des centaines de personnes se sont fait tabasser dans les sous-sols humides (le tant redouté « lacabe »).
J’ai payé ma contravention (100 dirhams), salué mon nouveau copain policier et ressauté dans un taxi pour revenir à la fourrière. On me demanda à nouveau 100 dirhams : 80 dirhams pour l’enlevage et 20 dhs pour les « frais de garde » (sympa, mais je n’ai rien demandé).
Cette histoire m’a finalement coûté 200 dhs d’amendes et 40 dhs de taxis. Très sincèrement, je m’attendais à payer beaucoup plus. Je me souvenais de la France où il fallait payer à l’époque quelque chose comme 900 francs (je n’avais pas de voitures en France mais je me souviens des lamentations de mes amis automobilistes).
Le plus embêtant dans cette affaire est la perte de temps : 3 heures au total ; une heure dans les taxis et deux heures à poireauter dans les bureaux (heureusement que les flics sont sympas)
On m’a expliqué qu’il y a encore quelques années, tout se réglait à la fourrière et ces allers-retours étaient inutiles. Mais l’administration, dans son infinie sagesse, a peut-être estimé que compliquer la procédure aiderait le citoyen à développer son sens de l’humour.
je tiens tout d'abord a te souhaiter la bienvenue dans le star (sans) système de notre beau pays...j'ai moi meme a mon actif 3 passages radio pour vanter les merites de mon assoce, et je peux te dire qu'a Rabat, le cadre était tout a fait similaire, a la différence prés que le atay et sfenj étaient remplacés par des sandwichs de mortadelle et du raibi, le tout baignant dans une odeur de vin rouge tourné mélangée a celle de cendrier froid...c'est quand meme dommage que les habitants de la capitale n'aient pas le privilège de t'ecouter vanter les bienfaits de la caféine...
étant moi meme (à mon insu: préparation des exams oblige!) une grande consommatrice de café, je propose que mardi matin, nous levions tous nos tasses a lebaroude, pour feter son entrée dans le cercle trés fermé de la jet set intellectuelle de notre pays...
Rédigé par : slimch | 20/05/2005 à 17:37
j'imagine la scène, surtout le soleil brûlant de marrakech
Rédigé par : ninine | 22/05/2005 à 19:40
t'es en train de faire l'expérience de la vrai vie lebaroude :D celle ds galères à la marocaine :)
j'ai eu le mm incident (disparition de voiture) il ya près de 4 ans .. j'ai dû faire les mm allers retours commissariat - fourrière , sans en parler chez moi , pour éviter des commentaires désobligeants sur mon étourderie ;)
Rédigé par : mery | 23/05/2005 à 10:19
Mon pauvre ami, tant que tu n'as pas racheter ta propre voiture aux tenanciers de la "fourrière/casse" pour qu'ils te la rendent, c'est bon... moi je vois ici, en Colombie, c'est plus dur. Hein? quoi ? ah non je rêve.
Rédigé par : blaise | 23/05/2005 à 10:45
Ce qui est marrant dans ces histoires de fourrière, c'est que « el fouriane » est toujours situé à l'autre bout de la ville et cela où que tu sois.
Avant, il y a quelques années, il y avait un autre système pour payer l'amende, il fallait trouver le policier "moul echoukkara" , qui était le plus souvent introuvable, et on passait la journée à le chercher.
Je constate qu'on a quand même fait des progrès...même si on ne sait toujours pas pourquoi ils nous embarquent la voiture...
Peut-être qu'un jour on saura.
Rédigé par : younesid | 23/05/2005 à 11:25